La vieille femme se retourna lentement.
Derrière elle, près du poêle, une odeur étrange commençait à remplir la pièce.
Elle ne l’avait pas remarquée en dormant.
Le vieux conduit d’évacuation s’était partiellement détaché sous le poids de la neige accumulée sur le toit. Une fumée presque invisible et des gaz dangereux se répandaient progressivement dans la cabane.
La femme sentit soudain ses jambes devenir faibles.
Elle comprit que les maux de tête et les nausées qui l’avaient réveillée n’étaient pas dus à la peur provoquée par les loups.
Quelque chose n’allait pas dans la maison.
Devant la porte, le loup blessé continuait de gratter le bois. Chaque fois que la vieille femme s’éloignait de la sortie, il aboyait et frappait la porte de sa patte valide.
Elle enfila rapidement son manteau, prit une lampe et ouvrit.
L’animal recula immédiatement.
Il ne tenta pas d’entrer.
Autour de la cabane, les autres loups restèrent à distance. Ils n’avaient pas encerclé la maison pour l’attaquer. Ils avaient suivi le membre blessé de leur meute, qui était revenu vers la femme ayant sauvé sa vie.
Dès qu’elle sortit, le froid la frappa au visage.
Elle inspira profondément et sentit peu à peu son esprit s’éclaircir.
Quelques secondes plus tard, une partie du conduit céda complètement. Une épaisse fumée commença à s’échapper sous le toit.
La vieille femme comprit qu’elle aurait probablement perdu connaissance dans son sommeil si le loup ne l’avait pas réveillée.
Elle s’éloigna de la cabane et se réfugia dans une petite remise ouverte située plusieurs mètres plus loin. Elle appela les secours avec son téléphone, puis s’enveloppa dans une vieille couverture.
Les loups ne la suivirent pas jusque dans la remise.
Ils restèrent silencieusement près de la lisière de la forêt.
Seul l’animal blessé demeura quelques instants devant la cabane. Il regarda la vieille femme, puis rejoignit lentement les autres.
Lorsque les pompiers arrivèrent, la meute avait disparu.
Les secouristes confirmèrent que le conduit bouché avait provoqué une accumulation de monoxyde de carbone. La concentration présente dans la chambre aurait pu devenir mortelle avant le matin.
Ils découvrirent également des traces de pattes autour de toute la maison.
Le loup avait probablement détecté la fumée et les vibrations anormales du conduit. Après avoir retrouvé la cabane de la femme, il avait gratté la porte jusqu’à la réveiller.
Les jours suivants, la vieille femme ne revit plus la meute.
Au printemps, alors que la neige commençait à fondre, elle aperçut pourtant un loup gris à la lisière de la forêt.
L’une de ses pattes arrière restait légèrement raide.
L’animal l’observa quelques secondes, puis disparut entre les arbres.
La vieille femme avait cru que son geste de compassion lui avait attiré une meute de prédateurs devant sa maison.
En réalité, le loup qu’elle avait sauvé dans les eaux glacées était revenu cette nuit-là pour lui rendre exactement le même service.
