Julien se retourna brusquement.
Mais il n’y avait personne derrière lui.
La petite marque poussiéreuse ressemblant à une main se trouvait toujours sur le mur. Pourtant, en l’examinant de plus près, Marc découvrit que la poussière avait été déplacée de l’intérieur.
Une plaque très fine était dissimulée sous l’ancien papier peint.
Quelqu’un venait de la pousser.
Marc voulut appeler la police, mais son téléphone perdit soudainement tout signal. La vidéo reçue quelques secondes plus tôt avait également disparu de l’appareil.
Julien, de plus en plus terrifié, insista pour quitter immédiatement la maison.
À cet instant, la voix reprit derrière la porte :
— La tache rouge apparaîtra dans quelques secondes. Ensuite, vous me croirez.
Julien baissa les yeux vers sa chemise.
Elle était encore propre.
Puis une canalisation fragilisée céda au-dessus de lui. Quelques gouttes d’un ancien liquide antirouille rougeâtre tombèrent du plafond et éclaboussèrent exactement le même endroit que sur la photographie.
Les deux hommes reculèrent avec effroi.
La photographie ne montrait pas nécessairement l’avenir. Elle avait peut-être été préparée par quelqu’un qui connaissait parfaitement chaque détail de cette maison, y compris l’état de ses canalisations.
Marc appela sa mère depuis l’extérieur.
Lorsqu’il lui parla de la porte blindée et du docteur Moreau, elle cessa immédiatement de répondre.
— Maman, qui était cet homme ?
Après un long silence, elle lui avoua enfin la vérité.
Le père de Marc n’était pas mort dans un accident de voiture.
Il s’appelait Luc Delmas et travaillait autrefois avec Henri Moreau. Les deux hommes avaient aménagé sous la maison un laboratoire médical secret destiné à protéger certains patients pendant une épidémie qui menaçait la région.
Mais Henri avait ensuite commencé des recherches interdites sur la mémoire, utilisant des enregistrements, des images subliminales et des substances capables de provoquer de profondes hallucinations.
Luc avait voulu dénoncer le projet.
Il avait disparu la nuit même.
La mère de Marc avait alors emmené son fils loin du village et lui avait fait croire que son père était mort. Avant de partir, elle lui avait fait promettre de ne jamais retourner dans cette maison.
Marc comprit qu’il avait vécu ici pendant une courte période lorsqu’il était enfant. Le docteur Moreau n’était donc pas un inconnu.
Il demanda à sa mère ce que signifiait la « deuxième porte ».
Elle répondit d’une voix tremblante :
— La première mène au laboratoire. La deuxième mène à la chambre où ton père a été enfermé.
Marc contacta la police.
Quelques heures plus tard, des spécialistes arrivèrent avec du matériel permettant de découper la porte blindée sans faire s’effondrer le passage souterrain.
Après presque deux heures de travail, le métal céda.
Derrière la porte se trouvait un escalier étroit descendant sous la maison. Des câbles récents couraient le long des murs et alimentaient plusieurs caméras dissimulées dans le couloir.
Quelqu’un observait donc réellement les ouvriers.
Au bout de l’escalier, ils découvrirent une femme d’une quarantaine d’années.
Elle s’appelait Claire Moreau.
C’était la fille du médecin, la petite fille de six ans qui avait quitté le village après la disparition de son père. Elle était revenue secrètement plusieurs mois plus tôt après avoir retrouvé les carnets d’Henri.
Claire avait découvert un passage extérieur conduisant au laboratoire. Elle savait que la démolition commencerait ce jour-là et avait installé les caméras, les haut-parleurs ainsi que les plaques mobiles dans le mur.
La photographie avait été prise quelques heures auparavant, lors d’une répétition organisée avec un mannequin portant les vêtements de Marc. La date du lendemain et les transformations du cliché provenaient d’une encre thermique réagissant progressivement à la chaleur de ses mains.
La voix d’enfant était un vieil enregistrement de Claire.
Tout avait été conçu pour effrayer Marc et l’obliger à écouter.
— Pourquoi ne pas simplement être venue me parler ? demanda-t-il.
Claire désigna le fond du laboratoire.
— Parce que je ne savais pas si vous étiez venu pour le sauver… ou pour terminer ce que votre mère avait commencé.
Derrière elle se trouvait une seconde porte, plus petite, mais tout aussi résistante.
La police l’ouvrit.
À l’intérieur, elle ne découvrit aucun prisonnier vivant. Il y avait seulement une chambre médicalisée abandonnée, des vêtements appartenant à Luc et des dizaines de cassettes vidéo.
La dernière cassette contenait ses aveux.
Luc expliquait qu’après avoir découvert les expériences d’Henri, il avait tenté de libérer les patients enfermés dans le laboratoire. Mais la mère de Marc, terrifiée à l’idée que son mari soit accusé d’avoir participé au projet, avait aidé Henri à dissimuler les preuves.
Luc n’avait pas été assassiné.
Il s’était enfui après avoir copié les dossiers et avait vécu sous une autre identité afin de protéger son fils. Quelques mois auparavant, malade et sentant sa fin approcher, il avait contacté Claire et lui avait révélé l’existence du laboratoire.
Une adresse apparaissait à la fin de l’enregistrement.
Marc s’y rendit dès le lendemain — précisément à la date inscrite sur la photographie.
Dans une petite maison située à plusieurs centaines de kilomètres, il retrouva son père, très affaibli, mais encore vivant.
Luc lui raconta toute l’histoire avant de remettre les preuves originales aux autorités.
Les recherches d’Henri Moreau furent rendues publiques, tandis que les familles des anciens patients purent enfin apprendre ce qui s’était passé sous la maison.
La mystérieuse lettre ne venait donc pas du futur.
Mais sans cette mise en scène terrifiante, Marc aurait probablement quitté le chantier sans découvrir le passage.
Et la maison aurait été détruite avec la seconde porte, les enregistrements et la vérité sur son père toujours enfermés sous ses fondations.
