Le jeune homme fixa la petite lumière rouge qui clignotait sur la veste du pêcheur.
Son poing resta levé pendant quelques secondes, mais toute son assurance venait de disparaître.
— Vous bluffez, murmura-t-il.
Paul ne répondit pas immédiatement.
Il abaissa seulement sa canne à pêche et toucha le minuscule écouteur dissimulé sous le col de sa veste.
— Vous avez entendu ? demanda-t-il calmement.
Une voix masculine sortit faiblement de l’appareil :
— Parfaitement. Nous avons aussi enregistré le coup porté au seau et la tentative d’agression.
Les trois jeunes hommes échangèrent un regard inquiet.
Depuis plusieurs mois, des pêcheurs signalaient des vols et des extorsions autour du lac. Des hommes exigeaient de l’argent pour accéder aux pontons publics, menaçaient ceux qui refusaient et détruisaient parfois leur matériel.
Mais aucune victime n’avait réussi à fournir des images suffisamment claires.
Les trois responsables changeaient constamment d’endroit et disparaissaient dès qu’un véhicule de police approchait.
Paul connaissait bien ce lac. Avant sa retraite, il avait travaillé pendant trente-sept ans comme enquêteur dans la police régionale. Lorsqu’un ancien collègue lui avait parlé des plaintes, il avait accepté de participer à une opération discrète.
Sa caméra transmettait les images en direct à une équipe installée dans un véhicule banalisé à quelques centaines de mètres.
Ce matin-là, Paul n’était donc pas venu seulement pour pêcher.
Il attendait précisément que les jeunes hommes se présentent et répètent leurs menaces devant la caméra.
— Éteignez ça, ordonna l’un d’eux en faisant un pas vers lui.
Paul ne bougea pas.
— La vidéo est déjà enregistrée sur un serveur. Même si vous cassez la caméra, vous ne supprimerez rien.
À cet instant, des pas lourds résonnèrent à l’entrée du ponton.
Quatre policiers apparurent à travers la brume.
Les trois jeunes hommes ne tentèrent pas de fuir. Le passage était trop étroit et deux autres agents attendaient déjà près du rivage.
En quelques minutes, ils furent identifiés et conduits jusqu’au véhicule de police. Les enquêteurs retrouvèrent sur leurs téléphones des messages dans lesquels ils organisaient leurs déplacements et partageaient l’argent pris aux pêcheurs.
Plusieurs victimes reconnurent ensuite les trois hommes.
Le lendemain, Paul revint sur le même ponton.
L’un des policiers avait récupéré son seau dans les roseaux, mais les poissons avaient disparu depuis longtemps. Un nouveau seau l’attendait près de sa chaise, accompagné d’un petit mot de remerciement rédigé par les pêcheurs de la région.
Paul sourit, installa sa canne et lança sa ligne.
Une semaine plus tard, le tribunal interdit aux trois jeunes hommes de s’approcher du lac pendant toute la durée de l’enquête. Ils durent également rembourser le matériel détruit et l’argent volé aux victimes identifiées.
Paul refusa toute récompense.
Lorsqu’un journaliste lui demanda pourquoi il était resté aussi calme face à un homme prêt à le frapper, il répondit simplement :
— Ils pensaient que mon silence était de la peur. En réalité, j’attendais seulement qu’ils donnent eux-mêmes à la police toutes les preuves nécessaires.
Puis il retourna au bord de l’eau.
Cette fois, personne ne vint lui demander de payer.
