Roman resta parfaitement immobile.
La seule chose qui bougeait encore était la flamme des bougies.
Nora continua de remplir son verre.
Comme si rien ne s’était passé.
La fiancée, Éléna, souriait toujours.
Mais ses doigts se crispèrent imperceptiblement autour de sa coupe de champagne.
Roman remarqua enfin le téléphone caché sous la table.
Il ne lui appartenait pas.
Pas plus qu’à Éléna.
Quelqu’un l’avait placé là quelques instants plus tôt.
Il leva doucement les yeux vers Nora.
— Pourquoi me dites-vous cela ?
Elle murmura sans quitter la bouteille des yeux.
— Parce que j’ai déjà vu ce genre de téléphone.
Mon frère était policier.
Les groupes criminels les utilisent pour communiquer juste avant une opération.
Roman comprit immédiatement.
Les trois hommes n’étaient pas là par hasard.
Il posa calmement sa serviette.
— Excuse-moi une minute.
Éléna tenta de retenir sa main.
— Tu peux attendre.
Son ton avait changé.
Roman retira lentement sa main.
Au même instant, l’un des hommes se leva.
Puis un deuxième.
Nora souffla discrètement :
— Maintenant.
Roman se dirigea vers la cuisine du restaurant.
Les trois hommes changèrent immédiatement de direction.
Ils ne le quittaient plus des yeux.
Le chef du restaurant comprit que quelque chose n’allait pas.
Il verrouilla discrètement la porte de service.
Quelques secondes plus tard, plusieurs agents de sécurité surgirent.
Les trois hommes furent rapidement maîtrisés.
Dans leurs vestes, les policiers découvrirent des armes, des oreillettes et plusieurs téléphones jetables.
Mais le plus terrible restait à venir.
Le téléphone caché sous la table contenait une série de messages.
Le dernier disait simplement :
« Quand Roman se lèvera, laissez-le sortir. La voiture l’attendra. »
L’expéditeur était enregistré sous un seul prénom.
Éléna.
Roman sentit son sang se glacer.
Elle baissa lentement les yeux.
— Je n’avais pas le choix…
Ils menaçaient ma famille…
Roman resta silencieux.
Quelques semaines plus tard, toute l’organisation criminelle fut démantelée grâce aux informations retrouvées dans les téléphones.
Avant de quitter définitivement le restaurant, Roman revint voir Nora.
Il lui tendit une enveloppe.
Elle refusa.
— Je ne veux pas d’argent.
Il sourit.
— Ce n’est pas de l’argent.
À l’intérieur se trouvait un contrat.
Roman lui proposait un poste au sein de son service de sécurité interne.
— Ce soir, vous avez vu ce que personne d’autre n’a remarqué.
On ne peut pas apprendre un tel instinct.
Nora accepta.
Parce que ce soir-là, elle n’avait pas seulement sauvé un homme.
Elle avait prouvé qu’il suffit parfois d’une personne attentive…
Pour empêcher une tragédie que personne d’autre ne voyait venir.
