Mon voisin a forcé mes enfants à lui rendre chaque pomme tombée dans notre jardin… puis mon mari a déterré une borne qui a changé le propriétaire de l’arbre

Le géomètre vérifia ses mesures trois fois.

La conclusion resta identique.

La clôture avait été déplacée quatre-vingt-dix centimètres vers notre maison lors de l’installation d’un ancien drain. L’accord autorisait seulement le précédent voisin à entretenir cette bande de terrain.

Il n’en devenait pas propriétaire.

Le pommier avait été planté sur notre parcelle.

Une partie de la terrasse de Gérard l’avait également dépassée de près de quarante centimètres.

— Cette clôture est ici depuis toujours, protesta-t-il.

— Une clôture n’efface pas une borne officielle, répondit le géomètre.

Gérard proposa soudain de partager les pommes.

Gabriel posa devant lui les photographies de nos enfants.

— Il ne s’agit plus des fruits. Vous avez humilié deux enfants dans leur propre jardin.

Une lettre officielle lui demanda de régulariser l’empiètement de sa terrasse. Nous aurions pu exiger sa démolition immédiate.

Gabriel choisit une autre solution.

Nous accepterions qu’elle reste en place s’il reconnaissait par écrit la véritable limite, payait le déplacement de la clôture et présentait ses excuses à Maya et Léo.

Gérard résista pendant plusieurs jours.

Puis son assurance lui expliqua le coût probable d’un conflit.

Il vint un samedi matin, sans son sourire habituel.

— Je n’aurais pas dû vous traiter de voleurs, dit-il aux enfants. Les pommes étaient chez vous… et l’arbre aussi.

Ses excuses furent maladroites, mais mes enfants les entendirent.

La nouvelle clôture fut installée sur la limite exacte. Le pommier se retrouva entièrement dans notre jardin.

Nous ne le coupâmes pas.

À l’automne suivant, Maya et Léo remplirent deux paniers. Ils gardèrent les plus belles pommes et déposèrent les autres devant une association du quartier.

Gabriel accrocha ensuite une petite balançoire à la branche la plus solide.

Gérard ne réclama plus jamais un seul fruit.

Il avait voulu enseigner à deux enfants une leçon sur la propriété.

Il avait seulement oublié qu’avant d’accuser quelqu’un de voler, il vaut mieux savoir de quel côté de la limite on se trouve.

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