Je roulai jusqu’à chez ma mère sans presque me souvenir du trajet.
Les gyrophares bleus illuminaient déjà toute la rue.
L’agent Daniels m’attendait devant la maison.
Dès qu’il me vit, il demanda :
— « Vous êtes bien le fils de Madame Martin ? »
J’acquiesçai aussitôt.
— « Où est-elle ? »
Il désigna une ambulance.
À l’intérieur, ma mère était allongée sous une couverture thermique.
Vivante.
Je sentis mes jambes céder de soulagement.
Elle ouvrit faiblement les yeux en m’entendant arriver.
— « Tu es venu… »
Je lui pris immédiatement la main.
— « Bien sûr que je suis venu. Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Elle voulut répondre.
Mais l’agent Daniels intervint doucement.
— « Avant cela, il y a quelque chose que nous devons comprendre. »
Il me montra une petite enveloppe retrouvée sur le perron.
À l’intérieur se trouvait une feuille pliée.
Mon nom y était écrit.
Je la dépliai.
Il n’y avait qu’une seule phrase.
« S’il m’arrive quelque chose, remettez cette clé à mon fils. Il saura où aller. »
Une petite clé ancienne était scotchée au papier.
Je la reconnus immédiatement.
Elle appartenait au vieux chalet de mon grand-père.
Abandonné depuis plus de vingt ans.
Je regardai ma mère.
Elle sourit faiblement.
— « Je voulais t’y emmener depuis longtemps… »
Je ne comprenais plus rien.
Le médecin nous expliqua ensuite qu’elle avait été victime d’un malaise juste devant sa porte.
En tombant, elle avait laissé son téléphone allumé.
Le voisin avait découvert la scène quelques minutes plus tard.
Mais avant de perdre connaissance, elle avait eu le réflexe de glisser cette enveloppe près de son sac.
Deux jours plus tard, dès sa sortie de l’hôpital, nous partîmes ensemble jusqu’au vieux chalet.
La petite clé ouvrit difficilement la porte.
À l’intérieur, tout semblait figé dans le temps.
Ma mère marcha lentement jusqu’à une vieille armoire.
Elle ouvrit un double fond que je n’avais jamais remarqué.
À l’intérieur reposaient plusieurs albums, des lettres… et une boîte en bois.
Elle me la tendit.
— « Ton père me l’avait confiée avant de mourir. »
Je restai figé.
Mon père était décédé alors que je n’avais que dix ans.
Je n’avais presque aucun souvenir de lui.
Dans la boîte se trouvaient des dizaines de lettres.
Une pour chacun de mes anniversaires.
Une pour mon mariage.
Une pour la naissance de mes enfants.
Même une pour le jour où ma mère ne serait plus là.
Elle murmura :
— « Je n’ai jamais trouvé le courage de te les donner. J’avais peur que cela ravive trop de douleur. Mais après mon malaise… j’ai compris qu’il ne fallait plus attendre. »
Nous avons passé toute l’après-midi à lire ces lettres.
Pour la première fois depuis des décennies, j’avais l’impression de retrouver mon père.
Quelques semaines plus tard, ma mère reprit ses promenades du soir.
À vingt heures précises, mon téléphone sonna de nouveau.
Je décrochai immédiatement.
J’entendis sa voix.
— « Je suis bien rentrée à la maison. »
Je souris en regardant les lettres soigneusement rangées dans mon salon.
Certaines habitudes semblent ordinaires.
Jusqu’au jour où l’on comprend qu’elles étaient, depuis toujours, la plus belle façon de dire :
« Je t’aime… je suis encore là. »
