Mon mari recula dès qu’il aperçut l’intérieur du mur.
— Prends le bébé et sors de la chambre.
Je n’eus pas besoin qu’il le répète.
Je soulevai Léa de son lit, l’enveloppai dans une couverture et courus jusqu’au salon.
Daisy nous suivit, mais elle ne cessait de se retourner vers la chambre en grognant.
Quelques minutes plus tard, Marc ressortit avec un masque sur le visage.
— Il y a une fuite derrière la cloison, dit-il. Tout est humide. La moisissure s’est propagée autour de la ventilation.
Je regardai ma fille.
Sa respiration était encore sifflante.
— C’est donc ça qui la rend malade ?
— C’est possible. Mais il y a autre chose.
Il posa sur la table le paquet retiré du mur.
Il était enveloppé de plusieurs couches de plastique jauni et fermé avec du ruban adhésif.
À l’intérieur se trouvait une petite boîte métallique.
Daisy se mit à aboyer dès que Marc l’approcha.
— Elle sent quelque chose, murmurai-je.
Nous appelâmes immédiatement les secours et quittâmes la maison.
À l’hôpital, Léa fut placée sous oxygène.
Le médecin qui l’examina comprit rapidement que ses symptômes pouvaient être liés à une exposition prolongée à des spores toxiques.
— Il faut qu’elle reste ici cette nuit, nous expliqua-t-il. Mais vous avez probablement découvert la cause à temps.
Je regardai Daisy couchée près de l’entrée, autorisée exceptionnellement à rester quelques minutes.
Elle avait les pattes irritées et plusieurs griffes cassées.
Pendant des semaines, nous l’avions grondée.
Elle avait pourtant été la seule à comprendre que quelque chose menaçait notre enfant.
Le lendemain matin, la police nous contacta.
La boîte métallique ne contenait aucun produit dangereux.
Mais elle renfermait des photographies, des copies de contrats et une clé portant le numéro d’un coffre bancaire.
Parmi les photos se trouvait notre maison.
Certaines avaient été prises bien avant notre emménagement.
D’autres montraient l’ancien propriétaire, un entrepreneur appelé Henri Fabre, aux côtés de notre voisin, monsieur Delmas.
Je ressentis aussitôt un malaise.
Delmas vivait dans la maison voisine depuis plus de vingt ans.
Il s’était montré très serviable lorsque nous étions arrivés.
C’était même lui qui nous avait conseillé de placer le lit de Léa contre ce mur, affirmant que c’était l’endroit le plus calme de la chambre.
Lorsque les policiers interrogèrent l’agence immobilière, ils découvrirent que la maison avait subi un important dégât des eaux plusieurs années auparavant.
Les travaux avaient été déclarés terminés.
En réalité, seule la surface du mur avait été repeinte.
La canalisation endommagée n’avait jamais été remplacée.
Henri Fabre avait falsifié plusieurs rapports pour revendre la propriété rapidement.
Mais pourquoi les preuves se trouvaient-elles derrière le mur ?
La réponse arriva grâce à monsieur Delmas.
Quand les policiers se présentèrent chez lui, il tenta d’abord de nier.
Puis ils lui montrèrent les photographies.
Il finit par avouer.
Des années auparavant, il travaillait pour Fabre.
Il avait découvert les faux rapports et copié les documents afin de se protéger.
Craignant d’être accusé avec son employeur, il avait caché la boîte dans la maison pendant les travaux.
— Pourquoi ne nous avoir rien dit ? demandai-je lorsqu’il accepta de me parler.
Il baissa les yeux.
— Parce que j’aurais dû reconnaître mon rôle dans cette affaire. Et quand vous avez emménagé, je me suis convaincu que la fuite avait été réparée.
— Vous êtes entré chez nous avant notre arrivée ?
Il hésita.
— J’avais encore une ancienne clé.
Je pensai aussitôt à la silhouette apparue dans l’encadrement de la porte.
La nuit où nous avions ouvert le mur, Delmas avait entendu le bruit et était venu voir ce qui se passait.
Sa phrase n’était pas une menace.
C’était la réaction paniquée d’un homme qui venait de comprendre que son secret avait été découvert.
Il fut poursuivi pour avoir dissimulé des preuves et pénétré dans la maison sans autorisation.
L’ancien propriétaire fut également retrouvé et inculpé pour fraude.
Mais aucune décision judiciaire ne pouvait effacer ce que notre fille avait subi.
Nous quittâmes la maison pendant plusieurs mois.
Les murs contaminés furent retirés, la ventilation remplacée et chaque pièce inspectée.
La santé de Léa s’améliora lentement.
Après quelques semaines, elle ne toussait presque plus.
Elle recommença à manger normalement.
Et pour la première fois depuis longtemps, je pus la regarder dormir sans compter chacune de ses respirations.
Daisy, elle, resta toujours près de son lit.
Nous ne lui interdisions plus d’entrer dans la chambre.
Un soir, alors que Léa dormait paisiblement, je trouvai la chienne couchée devant le mur entièrement rénové.
Elle posa simplement sa tête sur ses pattes.
Plus de griffures.
Plus de gémissements.
Plus de peur.
Je m’assis près d’elle et caressai doucement son dos.
Nous avions passé des semaines à croire qu’elle désobéissait.
En réalité, elle avait remarqué ce que ni les médecins, ni les experts, ni nous-mêmes n’avions su voir.
Elle n’avait jamais essayé d’abîmer notre maison.
Elle avait choisi de se blesser pour protéger notre fille.
Et depuis ce jour, chaque fois que Daisy refuse d’entrer quelque part ou fixe un endroit avec insistance, nous ne lui demandons plus de se taire.
Nous l’écoutons.
