Césarisé il y a un an, Abou Sangaré mène aujourd’hui une vie loin des projecteurs

Il y a un an à peine, son nom résonnait sur la scène des César. Abou Sangaré recevait le prix de la Meilleure Révélation Masculine, salué pour sa performance dans L’Histoire de Souleymane. Pourtant, aujourd’hui, son quotidien est bien loin de l’image que l’on pourrait se faire d’un acteur récompensé par le cinéma français.

Né le 7 mai 2001 à Sinko, dans le sud-est de la Guinée, Abou Sangaré quitte son pays alors qu’il est encore adolescent. Son objectif est clair : trouver un moyen d’aider sa mère malade.

Le jeune homme entame alors un long et périlleux voyage. Il traverse le Mali, l’Algérie et la Libye avant de franchir la Méditerranée. Après être passé par l’Italie, il arrive finalement en France vers 2017, à l’âge de 16 ans.

À Amiens, plusieurs associations l’aident à s’intégrer. Il s’inscrit au lycée et obtient un baccalauréat professionnel en maintenance des véhicules de transport routier, puis poursuit avec un BTS. Depuis l’enfance, la mécanique est sa véritable passion. « Mon rêve, c’est d’être mécanicien », confie-t-il.

Le destin bascule en 2023 lorsqu’il est contacté pour passer un casting à Amiens. Le réalisateur Boris Lojkine le choisit pour interpréter le rôle principal de son film L’Histoire de Souleymane.

Dans ce long-métrage, Abou Sangaré incarne un livreur à vélo guinéen sans papiers vivant à Paris. Une histoire qui résonne fortement avec son propre parcours.

Le film est présenté en 2024 au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard. Sa performance y est remarquée et il reçoit le prix d’interprétation masculine.

Quelques mois plus tard, en février 2025, il monte sur la scène des César pour recevoir le trophée de la Meilleure Révélation Masculine.

Mais derrière cette reconnaissance, sa situation administrative reste fragile.

Après plusieurs demandes de titre de séjour refusées et une obligation de quitter le territoire français, il obtient finalement, le 8 janvier 2025, un titre de séjour salarié d’un an délivré par la préfecture de la Somme. Celui-ci a depuis été renouvelé.

Cependant, faute de passeport en règle, il n’a pas pu participer à certains tournages.

 

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Aujourd’hui, Abou Sangaré travaille dans une société de location de matériel. Chaque jour, il rejoint son travail depuis Amiens, poursuivant un quotidien bien éloigné du monde du cinéma.

Sur TikTok, il partage sans filtre cette réalité avec ses abonnés. « Voilà les amis, c’est ce que je fais comme travail », explique-t-il dans une vidéo. Avant d’ajouter : « Avant d’être acteur, il me faut un titre de séjour de longue durée, donc je travaille. »

@sangare.fr♬ son original – Abou&Sangare

Sur Instagram, il s’est également exprimé avec une certaine amertume à propos de son César. Il évoque ce prix comme un « geste politique au rabais », critiquant un système où, selon lui, les mêmes cercles continuent de concentrer le pouvoir et les financements.

Un an après avoir été récompensé par le cinéma français, Abou Sangaré poursuit donc son chemin entre travail, espoir et incertitudes.

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