Il y a des visages qui nous semblent familiers sans que nous les ayons jamais rencontrés. Ceux qui ont accompagné nos dimanches à la télévision, nos rires d’enfance, nos soirées en famille. Pierre Richard fait partie de ces présences rassurantes. À 91 ans, l’acteur à la chevelure blonde indisciplinée et au regard faussement perdu incarne toujours une forme de sincérité rare dans le paysage médiatique.
Né en 1934 à Valenciennes, il grandit dans une famille marquée par les contrastes. Un grand-père issu d’une lignée aristocratique, rigoureux et distant. Un père joueur, aventurier, qui dilapide sa fortune aux courses. Entre discipline stricte et goût du risque, Pierre Richard apprend très tôt à tracer sa propre route. Il quitte Paris contre l’avis des siens, qui l’imaginaient ingénieur ou gestionnaire, pour suivre des cours d’art dramatique.

Les débuts sont longs, presque invisibles. Dix années de cabarets, de music-halls et de petits rôles à peine perceptibles à l’écran. Il apparaît parfois quelques secondes, le temps d’un passage furtif devant la caméra. Beaucoup auraient abandonné. Lui persévère, affine son jeu corporel, développe cette gestuelle unique qui deviendra sa signature.

La révélation arrive dans les années 1970. D’abord avec son film Le Distrait, puis surtout avec Le Grand Blond avec une chaussure noire. Tout s’aligne : la musique de Vladimir Cosma, les situations absurdes et son charme maladroit. Son personnage n’est pas un idiot. Il est simplement trop candide pour un monde cynique. Ce décalage devient sa force.

Hors caméra, sa vie reste fidèle à cette liberté. Longtemps, il vit sur une péniche amarrée sur la Seine. Malgré la célébrité et la fortune, il choisit une cabine modeste bercée par le bruit de l’eau. Côté cœur, son premier mariage avec une danseuse dure vingt ans. Puis, après plusieurs relations, il trouve un apaisement durable auprès de Seyla Lacerda, mannequin brésilienne rencontrée sans qu’elle sache qui il était. Ensemble depuis plus de vingt-cinq ans, ils partagent une complicité discrète.

À 91 ans, Pierre Richard ne s’est pas retiré du monde. Il continue de tourner, comme dans Astérix et Obélix : L’Empire du Milieu ou Jeanne du Barry, aux côtés notamment de Gérard Depardieu et Johnny Depp. Il célèbre ses anniversaires dans son restaurant parisien, chante, danse, sert lui-même les huîtres. Non pas pour paraître plus jeune, mais parce qu’il refuse de se laisser enfermer dans l’image de la vieillesse. Chez lui, la sincérité n’est pas un rôle. C’est une manière d’exister.

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