Le train était déjà en marche.
Le grondement des roues se mêlait au sifflement, l’air sentait le fer et le charbon.
Sur le quai, un garçon d’une dizaine d’années se tenait là — veste usée, sac sur le dos, une enveloppe à la main.
Son visage était rouge de froid, ses yeux humides, mais déterminés.
Il tenait la lettre comme une chose vivante.
Sur l’enveloppe, on pouvait lire d’une écriture maladroite :
« Pour Papa. À la base. À remettre en main propre. »
Le train s’ébranla.
Le garçon se mit à courir.
Il courait le long du convoi, haletant, trébuchant presque.
Les gens criaient sur le quai, mais il n’entendait rien.
Devant lui — la fenêtre ouverte du dernier wagon.
Encore un peu… encore un pas…
Il lança la lettre — et la vit disparaître à l’intérieur.
Il avait réussi.
Essoufflé, il s’arrêta, les mains sur les genoux.
Le train s’éloignait. Il sourit à travers les larmes.
Papa saura maintenant.
Mais soudain…
quelque chose tomba doucement à ses pieds.
Il leva la tête — et se figea.
C’était la lettre. La même.

L’enveloppe, légèrement déchirée, gisait sur le sol.
Il la ramassa.
Au dos, une nouvelle phrase, écrite à la hâte, d’une main inconnue :
« Moi aussi, j’ai essayé d’être à temps. »
Le garçon regarda autour de lui — personne.
Le train avait disparu derrière la courbe.
Le silence régnait sur les rails.
Il ouvrit l’enveloppe : à l’intérieur, la photo d’eux deux, riant au bord d’une rivière.
Sous l’image :
« Reviens vite. Je t’attends. »
Il baissa lentement la tête.
Une feuille de journal vola, s’arrêta sur le banc.
En première page — une photo.
Titre en gros caractères :
« Le train de la base n°214 est arrivé sans pertes… sauf un soldat, resté en arrière. »
Le garçon resta immobile.
Serra la lettre contre lui.
Et murmura, d’une voix tremblante :
— Papa… tu l’as lue, n’est-ce pas ?
Le vent emporta la lettre le long des rails.
Et il crut entendre une voix, douce comme un souffle :
« J’ai eu le temps. »
